Actualité

Depuis 2010, éolien et solaire ont rapporté à l'État deux fois plus qu'ils ne lui ont coûté, analyse le Réseau Action Climat

Politiques publiquesSolaireÉolien terrestre
19 mars 2026

Le Réseau Action Climat (RAC) a publié mi-mars une contribution, corédigée avec l’expert Théo Fiquet, à la mission « Lévy-Tuot » sur l’optimisation des soutiens publics aux énergies renouvelables électriques et au stockage d’électricité. La coalition des associations et ONG françaises y démontre que les renouvelables ne sont pas « un engagement financier majeur pour la puissance publique, mais au contraireune ressource pour le budget de la collectivité. »
Avec un total de 16 milliards d’euros de recettes générées pour les finances publiques contre 8 milliards de dépense, les projets éolien terrestre et solaire soutenus par l’État depuis 2010 lui ont rapporté deux fois plus qu’ils ne lui ont coûté selon ces estimations.

Le débat sur le soutien public aux renouvelables électriques est souvent focalisé sur les charges du service public de l’électricité (CSPE). C’est encore le cas dans le récent rapport de la Cour des comptes sur le soutien public aux énergies renouvelables. C’est en effet le principal mécanisme de soutien en France, l’État garantissant aux producteurs EnR un certain prix de vente pendant plusieurs années. Si le cours de l’électricité sur les marchés est plus bas, l’État leur paie la différence. Mais, quand les prix flambent – comme ce fut le cas en 2022 et 2023 – les producteurs reversent leurs recettes à l’État. C’est ainsi que la filière éolienne a rapporté 2,3 milliards d’euros en 2022 et 3,4 milliards en 2023. Au total, ces aides publiques, qui ont permis de faire émerger et de structurer les filières éolienne et solaire françaises, ont représenté des charges nettes de 5,6 milliards d’euros de 2006 à 2024 pour l’éolien terrestre selon les calculs de la CRE, et de 28 milliards pour le solaire (essentiellement liées aux contrats signés entre 2006 et 2010).

Pourtant, les rapports entre le budget public et les filières éolienne et photovoltaïque françaises sont bien plus larges que les seules CSPE.

Les filières renouvelables génèrent des recettes pour le budget public via les emplois créés et la fiscalité locale

D’autres dépenses publiques peuvent aussi être prises en compte dans l’évaluation du soutien aux EnR électriques. Le coût du raccordement des installations renouvelables au réseau d’électricité est en partie pris en charge par le TURPE : cela représente en moyenne une charge publique d’environ 1,9 € par MWh soutenu pour une centrale solaire au sol et 0,6 €/MWh pour un parc éolien terrestre selon les calculs de la CRE. Et comme toutes les entreprises en France, les filières renouvelables bénéficient des aides publiques à la Recherche et au Développement (R&D).

Côté recettes, les filières éoliennes et solaires ont créé beaucoup d’emplois et cela génère d’importantes recettes pour la collectivité, via les cotisations sociales et de l’impôt sur les revenus. En 2024, cela représentait environ 2,5 milliards d’euros de revenus pour la puissance publique, grâce aux 75 000 emplois des filières solaire et éolienne terrestre.

Chaque installation renouvelable verse également l’imposition forfaitaire sur les entreprises de réseau (IFER), une taxe proportionnelle à la capacité installée et prélevée au profit des communes, intercommunalités et des départements. Une centrale solaire au sol de 15 hectares, c’est plus de 50 000 euros chaque année de revenus fiscaux pour les collectivités locales. 250 000 euros pour un parc d’une dizaine d’éoliennes. Depuis 2006, les installations éoliennes terrestres et photovoltaïques ont ainsi rapporté 2 milliards d’euros aux budgets des collectivités locales via l’IFER.

Enfin, on peut également compter l’impôt sur les sociétés et la fiscalité locale (TFPB, CTE) dans les recettes pour la collectivité générées par ces filières renouvelables.

+8 milliards d’euros : les projets EnR soutenus après 2010 ont une contribution nette au budget public

En intégrant toutes ces dépenses et recettes, la filière éolienne terrestre a rapporté 4,5 milliards d’euros au budget public depuis 2006.

Recettes & dépenses budgétaires liées à l’éolien terrestre, 2006-2024

Côté photovoltaïque, le RAC alerte sur un amalgame entre les installations photovoltaïques construites avant le moratoire de 2010 et celles installées par la suite. Les premières ont rapporté 7 milliards d’euros à la puissance publique et lui coûté 27 milliards (soit une charge de 20 milliards d’euros, du fait d’un tarif moyen d’achat bien plus élevé – de l’ordre de 400 €/MWh contre moins de 80 € aujourd’hui rappelle le RAC. Alors que le photovoltaïque post-moratoire a rapporté 3,4 milliards d’euros au budget public entre 2010 et 2024.

Recettes & dépenses budgétaires liées au solaire post-moratoire, 2010-2024

Enfin, la note rappelle que l’État a également perçu durant cette période près de 13 milliards d’euros de recettes fiscales via l’accise (ex-TICFE) sur l’électricité produite par les parcs éoliens et centrales solaires françaises qu’il soutient.

Ne pas évaluer les recettes budgétaires de l’éolien et du photovoltaïque pour l’État et les collectivités constituerait « un angle mort très dommageable pour la puissance publique », s’inquiète le RAC. Surtout quand elles sont mises en rapport avec le coût de notre dépendance aux énergies fossiles importées.

Électricité décarbonée : la pénurie coûte cher, l’abondance dope l’électrification

Si notre électricité est décarbonée à 95 % en France, elle ne représente au final qu’un quart de notre mix énergétique. Le pétrole et le gaz que nous brûlons comptent encore pour 60 % de notre énergie. Ces hydrocarbures sont entièrement importés, le plus souvent hors d’Europe (États-Unis, Moyen-Orient, Afrique, Russie). Et ils nous coûtent très cher : entre 50 et 60 milliards d’euros chaque année. Cette facture peut facilement doubler lors des crises énergétiques. En substituant ces combustibles fossiles par de l’électricité décarbonée, l’électrification des usages et de l’industrie est le pivot de notre souveraineté énergétique.

La France produit actuellement plus d’électricité qu’elle n’en consomme. Et ce surplus n’est pas bradé : les exportations d’électricité vers nos voisins européens ont rapporté plus de 5 milliards d’euros en 2025. N’oublions pas qu’en 2022, l’indisponibilité du parc nucléaire et la faible production hydroélectrique consécutive aux sécheresses nous ont mis dans une situation de sous-production – inédite au XXIe siècle en France – en pleine envolée des prix du gaz provoquée par l’invasion russe de l’Ukraine. Devenue importatrice nette d’électricité, la France a vu sa balance commerciale s’inverser et perdre 7 milliards d’euros en 2022. Le bouclier tarifaire alors mis en place par l’État sur l’électricité pour protéger consommateurs et entreprises a coûté 21 milliards d’euros en 2022 et 2023. Celui sur le gaz, 4,8 milliards. Des sommes qui ont été depuis répercutées sur les prix réglementés de l’énergie, ce qui explique leur augmentation : de moins de 16 centimes d’euros par kWh en janvier 2021 à plus de 25 centimes en février 2024 pour l’électricité (+60%). Si les prix réglementés restent encore élevés début 2026 (0,19 €/kWh) malgré un retour à la normale des prix de marché, c’est parce que les consommateurs paient encore le coût de ces boucliers, destinés à amortir le choc de 2022-2023.

Et nous allons consommer plus d’électricité à l’avenir. Beaucoup plus. Avec l’électrification de la mobilité, de l’industrie et du chauffage dans les habitations, mais aussi avec l’essor des data centers et de l’hydrogène décarboné, la demande intérieure française sera croissante : +40 à 50% d’ici 2035 selon la PPE 3. Aucun EPR2 ne pouvant être construit avant 2038 au moins, le développement des renouvelables électriques est indispensable pour garantir une électricité décarbonée abondante, à un prix compétitif et contrôlé.

Pour aller plus loin...