L'énergie qui libère la France : nos propositions pour 2027
À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, la trajectoire énergétique et industrielle de la France constitue l’un des arbitrages majeurs qui engageront le pays pour les décennies à venir. Dans un contexte mondial marqué par la volatilité des marchés énergétiques, la compétition industrielle internationale et l’urgence climatique, la France doit affirmer une vision claire, souveraine et ambitieuse.
C’est pour éclairer ce rendez-vous démocratique capital et offrir une feuille de route opérationnelle aux futurs décideurs publics que France renouvelables formule sa contribution stratégique pour le pays.
Ce document n’est pas un simple catalogue de mesures techniques : c’est un véritable projet de société réparti autour de 4 thématiques essentielles. Il démontre que l’électrification des usages et l’accélération du déploiement des énergies renouvelables ne constituent pas une contrainte environnementale subie, mais un formidable élan de conquête économique, d’indépendance nationale et de cohésion territoriale. L’État, les industriels, les collectivités et les citoyens disposent aujourd’hui de tous les leviers pour conduire une transition juste, compétitive et créatrice de valeur. Il appartient au politique de les actionner sans attendre pour libérer la France de sa dépendance aux énergies fossiles importées.
Sortir de notre coûteuse dépendance aux énergies fossiles importées
Près de 60 % de l’énergie que nous consommons en France reste d’origine fossile et donc importée. Une dépendance qui représente en moyenne 110 milliards d’euros d’importations par an et expose directement les entreprises comme les Français aux crises géopolitiques impactant directement pouvoir d’achat, compétitivité et finances publiques.
Dans le même temps, la France dispose d’un système électrique largement décarboné, de capacités de production renouvelable importantes et de filières industrielles implantées sur son territoire. L’enjeu n’est donc plus seulement de décarboner la production électrique. Il est désormais d’utiliser davantage cette électricité pour substituer progressivement des usages aujourd’hui dépendants du pétrole et du gaz.
L’ensemble des scénarios énergétiques suppose une augmentation des usages électriques, dans les transports, l’industrie, le bâtiment, mais aussi dans de nouveaux secteurs comme l’hydrogène ou les data centers. Or la consommation d’électricité française stagne depuis plus d’une décennie. Cela peut donner l’impression que la France dispose actuellement de capacités suffisantes et qu’il serait possible d’attendre avant d’investir davantage. Nous pensons précisément l’inverse.
Attendre que la consommation électrique reparte pour investir serait prendre le problème à l’envers. Aucune usine ne s’électrifie parce qu’on lui promet de l’électricité dans dix ans. L’offre doit précéder la demande. Une économie ne s’électrifie que si les ménages disposent en amont d’une électricité suffisamment abondante, compétitive et prévisible. La production, les réseaux, le stockage et les flexibilités doivent donc accompagner, voire précéder, le développement des nouveaux usages. C’est ce raisonnement qui structure l’ensemble de notre proposition.
Le sujet n’est donc pas de produire davantage pour produire davantage. Il est de construire le système énergétique dont l’économie française a déjà besoin. Le statu quo n’est donc pas une option prudente, il a un coût : davantage d’importations, des investissements qui partent ailleurs et des emplois qui ne se créent pas. En matière énergétique, ne rien faire est déjà un choix.
Et pour engager cette transformation, la première nécessité est de se donner un cap collectif et des instruments de pilotage.
Donner un cap à l’électrification et l’inscrire dans une ambition européenne
Pour France renouvelables, le prochain quinquennat doit permettre de changer d’approche : ne plus seulement programmer les moyens de production, mais organiser l’ensemble du système énergétique à partir des besoins futurs d’électrification de l’économie – industrie, mobilités, transports, bâtiments, numérique –, en anticipant les capacités de production, de réseau, de stockage et de flexibilité nécessaires.
L’objectif : diviser par deux la part des énergies fossiles importées dans notre consommation d’énergie et ramener la part du pétrole et du gaz dans notre mix énergétique de 60 % environ aujourd’hui à 30 % en 2035. Voici l’indicateur qui permettra de réellement juger de la politique énergétique du prochain gouvernement.
L’électrification doit être une grande cause nationale du prochain quinquennat. Cela passe par une Programmation pluriannuelle de l’électrification (PPELEC), suivie par une gouvernance permanente, associant notamment pouvoirs publics, gestionnaires de réseaux, producteurs, consommateurs et partenaires sociaux.
Et cette stratégie ne peut pas être conçue uniquement à l’échelle française. L’indépendance de la France se construit aussi à l’échelle européenne. La France reprenne le leadership politique de l’énergie en Europe. Notre système électrique est européen, nos filières industrielles sont européennes et une part importante des choix de financement et de compétitivité se joue à cette échelle. Notre ambition est de faire de la France la première électro-puissance européenne dans moins de dix ans.
Au cœur de nos propositions, nous appelons donc à :
Créer une Programmation pluriannuelle de l’électrification (PPELEC), avec pour objectif de ramener à 30 % la part des énergies fossiles importées en 2035.
Mettre en place un Conseil national de l’électrification, chargé de fixer les objectifs sectoriels, les calendriers et les moyens nécessaires à cette trajectoire.
D’initier une Communauté européenne de l’électrification (CEE), pour faire de la sortie des énergies fossiles un objectif de cohérence à l’échelle européenne.
Cette programmation française et cette ambition européenne permettent de fixer un cap réel, ambitieux et partagé. Il faut ensuite donner aux acteurs économiques les moyens de s’inscrire dans cette trajectoire.
Faire de l’électricité décarbonée un avantage économique concret
France renouvelables met notamment en avant trois leviers pour traduire cette ambition dans l’économie réelle :
Faciliter le développement des contrats d’achat direct d’électricité renouvelable par les entreprises et les collectivités (PPA), tout en mettant en œuvre un plan national d’accompagnement à l’électrification des PME-PMI en cohérence avec les objectifs de la SNBC et de la proposition de PPELEC.
Créer un Pacte Industrie-Électricité, incluant un « Tarif Industrie France » de long terme et un bonus de localisation énergétique destiné à soutenir le maintien, la relocalisation et le développement des activités industrielles sur l’ensemble des territoires.
Faire davantage bénéficier les consommateurs des périodes d’abondance électrique, en adaptant les dispositifs tarifaires aux périodes de forte production des énergies renouvelables. C’est un vecteur de gain de pouvoir d’achat immédiat pour les Français et de compétitivité pour nos entreprises.
Les modélisations présentées dans les travaux de la filière montrent qu’un développement renforcé des énergies renouvelables pourrait réduire d’environ 8 % le prix moyen de marché de l’électricité en 2035, soit près de 900 millions d’euros d’économies annuelles pour les Français.
900 millions d’euros, c’est l’équivalent du budget du Fonds Verts, ou neuf fois le budget de rénovation thermique des écoles en 2025.
Développer les renouvelables réduit aussi notre exposition aux risques liés à notre consommation de gaz et aux fluctuations de son prix : dans le scénario d’ambition renforcée étudié, la production électrique à partir de gaz serait inférieure de 12 % en 2035. Accélérer le développement des renouvelables permettrait de réduire d’environ 3 TWh la production électrique à partir de gaz en 2035 (soit une baisse de 12 %) : cela représenterait environ 500 millions d’euros d’importations de gaz évitées entre 2030 et 2035.
Les filières renouvelables électriques représentent par ailleurs déjà plus de 90 000 emplois en France et pourraient approcher les 175 000 emplois à horizon 2035 dans une trajectoire cohérente avec l’accélération de l’électrification.
Faire du secteur agricole un partenaire privilégié de la transition
Les énergies renouvelables se développent majoritairement dans les territoires ruraux et entretiennent un lien étroit avec l’activité agricole. Outre le complément de revenu tiré du loyer des baux emphytéotiques signés avec les producteurs, France renouvelables propose de faire des agriculteurs les partenaires de proximité de la transition énergétique à travers plusieurs mesures :
Permettre aux agriculteurs de bénéficier de tarifs électriques de proximité sur la base de l’autoconsommation élargie.
Favoriser l’implantation d’activités agrivoltaïques sur la base d’un Pacte entre collectivités locales, agriculteurs et producteurs d’EnR.
Faciliter l’installation de jeunes agriculteurs lorsque des projets de production d’EnR permettent de renforcer l’équilibre économique des exploitations.
Dans cette ligne, France renouvelables a signé en septembre 2026 avec AMORCE une Charte nationale pour des projets agrivoltaïques territoriaux et concertés, dans une démarche de synergie avec le monde agricole et les collectivités territoriales.
Électricité française contre fossiles importées : le combat du prochain quinquennat
Les propositions que nous présentons aujourd’hui reposent en réalité sur une idée simple : la politique énergétique du prochain quinquennat doit être pensée à partir de l’objectif que nous voulons atteindre (réduire rapidement notre dépendance aux énergies fossiles importées) et doit donc organiser l’ensemble du système électrique en conséquence.
Cela suppose de donner de la visibilité :
• aux capacités de production,
• aux réseaux et au stockage,
• mais aussi aux entreprises,
• aux collectivités,
• aux agriculteurs,
• et aux ménages pour qui le prix de l’électricité doit baisser si nous voulons électrifier nos usages.
L’électrification doit trouver toute sa place dans le débat présidentiel qui s’ouvre. Opposer nucléaire et renouvelables, c’est rejouer le débat énergétique du siècle dernier. Le débat du prochain quinquennat, c’est électricité française contre fossiles importées. Il est clair que notre pays ne peut pas attendre dix ou quinze ans de plus pour développer son potentiel d’électricité bas carbone, pour renforcer son indépendance, son industrie et sa compétitivité.
Nous posons à toutes les forces politiques une question : quel est votre plan pour sortir la France des fossiles et dans quel calendrier ? Notre proposition est claire : passer de 60% à 30% de fossiles importés d’ici 2035 et faire de la France la première électro-puissance européenne.
