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Canicule : les renouvelables au secours de la France

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7 juillet 2026

En juin 2026, la France a traversé l’un des épisodes caniculaires les plus intenses jamais observés. Au-delà de ses conséquences sanitaires et climatiques, cette vague de chaleur a constitué un test grandeur nature pour le système électrique français. Alors que la généralisation de la climatisation fait émerger de nouveaux pics de consommation estivaux, les énergies renouvelables ont démontré leur capacité à répondre rapidement à cette demande supplémentaire. En particulier, le solaire photovoltaïque a fourni une électricité abondante au moment où les besoins étaient les plus élevés, contribuant à limiter le recours aux centrales fossiles et à contenir les prix de l’électricité. Cet épisode illustre ainsi le rôle croissant que joueront les renouvelables et le stockage pour accompagner l’adaptation de la France au réchauffement climatique tout en préservant le pouvoir d’achat des ménages.

Une canicule historique qui n’aura sans doute plus rien d’exceptionnel en 2050

Les 23, 24 et 25 juin 2026 ont été les journées les plus chaudes jamais enregistrées en France continentale avec une température moyenne de 30°C, mais aussi les trois après-midi les plus chaudes (>38°C en moyenne, jusqu’à 42,5°C à Bordeaux et 43,8°C à Saintes). Avec le 26 juin, il s’agit également des 4 nuits les plus chaudes jamais enregistrées (21,5 à 22 °C en moyenne, jusqu’à 26,4°C à Paris et 27,2°C à Nantes). Jusqu’à 72 départements ont été simultanément placés en Vigilance rouge Canicule par Météo France, une première depuis la mise en place de ce dispositif en 2004.
Si l’intensité de cette vague de chaleur est inédite et dépasse celle de 2003, ce type d’épisode est appelé à se multiplier à l’avenir avec le dérèglement climatique.

Plus il fait chaud, plus la France consomme d’électricité

Durant l’épisode caniculaire qui a frappé la France, la demande en électricité a fortement augmenté. À la mi-journée, les pics de consommation ont monté jusqu’à 58 GW au plus fort de la canicule (23-25 juin), soit 10 GW de plus qu’en temps normal en juin (+20%). Selon RTE, chaque degré supplémentaire augmente la consommation de 0,7 à 1 GW. Lors de la canicule de 2003, cette sensibilité était trois fois moindre (+250 à 300 MW par degré supplémentaire), signe de l’essor de la climatisation dans les entreprises et chez les particuliers. Près d’un foyer français sur quatre était équipé de climatiseurs en 2025 contre 18% en 2023 estime l’Ademe, soit un tiers de plus en deux ans. Les maisons sont deux fois plus équipés que les appartements. RTE estime que durant cette canicule, la climatisation a augmenté la demande en électricité de 12 à 14 GW au plus fort des chaleurs.

Nucléaire et solaire, piliers du mix électrique français durant l’été

Pour répondre à cette demande en hausse, la France s’est évidemment appuyée sur le nucléaire, qui a fourni entre 35 et 40 GW de puissance en moyenne au plus fort de la canicule. Mais EDF profite de la moindre consommation électrique de l’été pour planifier la maintenance de son parc nucléaire et de nombreux réacteurs sont indisponibles. D’autres peuvent être forcés de s’arrêter à cause de la chaleur pour limiter le réchauffement des cours d’eau qui les refroidissent. Entre le 25 et le 30 juin, plus d’un tiers des réacteurs français étaient ainsi à l’arrêt pour maintenance ou totalement ou partiellement indisponibles à cause des conditions météorologiques. Réduite d’environ 5 GW à cause de la canicule, les possibilités de modulation à la hausse du parc nucléaire étaient donc très limitées.

Heureusement, la France a pu aussi compter sur le photovoltaïque : le parc solaire a généré jusqu’à 20 GW durant son pic de la mi-journée, qui correspond au pic de consommation (12h-16h). De 10h à 18h, le solaire fournissait entre 20 et 30% de la production électrique française au plus fort de la canicule. Grâce à cette abondante électricité décarbonée fournie par le solaire au moment où la demande était la plus forte, les prix sur les marchés sont restés modérés (82€/MWh en moyenne durant le pic), malgré l’augmentation de la consommation liée à la chaleur.

L’apparition d’un second pic de consommation en début de soirée

Mais en fin de journée, un autre pic de consommation a fait son apparition, entre 18h et 21h : les Français rentrent chez eux et allument leurs clims. Et le solaire ne peut pas (encore) y répondre. Si l’éolien fournit quelques GW bien utiles (3 à 5 GW en moyenne de 19h à 7h), il produit peu généralement l’été, et particulièrement lors des situations anticycloniques caractéristiques des dômes de chaleur comme celui qui a survolé la France et l’Europe en juin 2026.

La France actionne donc ses barrages : l’hydroélectricité produisait ainsi jusqu’à 10 GW en début de soirée, grâce à des réservoirs encore bien remplis en ce début d’été et malgré une production au fil de l’eau assez faible.

Les centrales à gaz se rallument, les prix flambent

Ce n’était pas suffisant pour couvrir nos besoins et la France a également allumé ses centrales thermiques pour répondre à cette demande supplémentaire. Coûteuses et polluantes, les centrales thermiques au gaz et au fioul, habituellement peu utilisées l’été, ont fourni 4 à 5 GW en moyenne le soir et la nuit au plus fort de la canicule. Cela a fortement dégradé le bilan carbone de notre électricité mais également son coût.

Les prix de l’électricité ont donc grimpé sur le marché spot en fin de journée lors de cette canicule et ont atteint des sommets habituellement vus lors des journées d’hiver les plus froides. Le mercredi 24 juin était ainsi la journée la plus chère sur le marché spot français en 2026 jusqu’à présent : 158 €/MWh en moyenne (contre 67€/MWh en moyenne sur tout le mois de juin 2026), avec un pic horaire à 313 €/MWh à 19h et un plateau à 96 €/MWh à 13h.
Si ces prix sont élevés, ils restent loin des sommets de l’été 2022, et ils sont inférieurs à ceux des autres pays d’Europe, où les prix ont atteint jusqu’à 700€/MWh en Allemagne, 900€/MWh aux Pays-Bas et 1 000€/MWh en Belgique au plus fort de la canicule.

Un recours réduit aux fossiles grâce aux renouvelables

Il faut malgré tout souligner que ce recours au gaz aurait été bien plus important il y a encore quelques années. Durant la canicule de juin 2026, le recours au gaz était 3 fois plus faible de 10h à 16h qu’encore 18h et 6h. Lors de la vague de chaleur de juillet 2019, les centrales à gaz ne s’arrêtaient jamais et fournissaient toujours 4 à 5 GW, même en milieu de journée. La France disposait alors de moins de 10 GW de solaire, contre plus de 33 GW aujourd’hui.
Et en 2003, la France avait même dû aussi rallumer 4 centrales à charbon dès début juillet à cause de la sécheresse. Elles avaient été fortement sollicitées durant la canicule d’août. Cette situation avait entraîné des pics de prix allant jusqu’à 1 000 €/MWh sur le marché spot et une forte dégradation du bilan carbone du mix électrique (le charbon émettant 2 à 3 fois plus de CO2 que le gaz, et 25 à 40 fois plus que le solaire).

Développer le stockage pour permettre au solaire de répondre aux nouveaux besoins en électricité des Français en été

Demain, une part croissante de la réponse aux pics estivaux se jouera durant ce second pic, lorsque la chaleur reste forte mais que la production solaire diminue. Avec davantage de batteries pour stocker la production photovoltaïque, nous pourrions décaler la consommation de cette électricité décarbonée le soir pour utiliser moins de gaz et réduire davantage encore la facture d’électricité des Français. Une capacité de stockage de 12,5 GW/25 GWh permettrait facilement de diviser par deux l’emploi des centrales à gaz en soirée durant de tels épisodes de chaleur intense.

Cela améliorerait le bilan carbone de notre électricité mais diminuerait aussi grandement son prix lors du pic de demande de la fin de journée. Tout en l’augmentant légèrement au moment du pic solaire (quand les batteries se rechargent), participant ainsi à mieux valoriser cette électricité décarbonée au coût marginal nul.

Pas de clim sans renouvelables, même en France

La canicule de juin 2026 a rappelé que la climatisation est une réponse indispensable pour protéger les personnes fragiles lors des épisodes des fortes chaleurs. Des épisodes dont la fréquence, l’intensité et la précocité va s’intensifier. Mais, à elle seule, la climatisation ne résout rien : sans production électrique décarbonée, stockage, flexibilité et adaptation des bâtiments, elle ne fait que repousser le problème voire l’accentuer. Les défenseurs les plus acharnés de la clim devraient donc naturellement encourager des politiques publiques ambitieuses pour les renouvelables, s’ils veulent accélérer notre sortie des énergies fossiles et réduire la facture des Français tout en menant une politique d’adaptation au réchauffement climatique cohérente.

*Les données de cet article et des graphiques sont issues de l’Ademe, Météo France, RTE (éco2mix) et Epex Spot. Les informations sur la canicule de 2003 proviennent du rapport d’information du Sénat, « La France et les Français face à la canicule : les leçons d’une crise » (février 2004).