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Programmation pluriannuelle de l’énergie 2026-2035 : entre soulagement et inquiétudes

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18 février 2026

La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) pour la période 2026-2025 a été officialisée vendredi 13 février 2026 au Journal Officiel à la suite du déplacement des associations professionnelles de nos filières auprès du Premier ministre, Sébastien Lecornu. Après près de 3 ans d’attente, les filières énergétiques bénéficient enfin d’un cap clair donné par le Gouvernement, au terme de longs et difficiles mois d’hésitation qui a rendu nos secteurs à la fois inquiètes et moroses. La parole volontariste du premier ministre sur les enjeux d’électrification et d’inversion des courbes de consommation entre énergie carbonée et décarbonée est à saluer. Elle doit toutefois être accueillie avec prudence.

À ce stade, seules des annonces ont été formulées sans que les détails opérationnels de ce plan ambitieux permettant l’inversion de cette tendance ne soient connus. France renouvelables renouvellera ses propositions auprès des différents ministères afin que ces annonces puissent se traduire concrètement dans les meilleurs délais. Bien que cette programmation pluriannuelle soit prévue dans un cadre décennal (2026-2035), les échéances présidentielles de 2027, et les incertitudes qu’elles impliquent, confèrent à cette PPE une visibilité assez courte. Pour nos filières, l’enjeu réside donc dans l’année et demie à venir. Ce cadre spécifique est d’ailleurs largement précisé par les textes publiés au Journal Officiel.

France renouvelables se montre ainsi à la fois soulagée par cette publication, devenue critique pour la poursuite du développement de nos filières, et vigilante sur un certain nombre de points qui nécessitent encore des clarifications. La prochaine année et demie devra être décisive pour assurer la poursuite du développement des renouvelables électriques, indispensables au plan de décarbonation de l’énergie annoncé par le Premier ministre. A cet égard, la plus grande vigilance s’impose sur la définition et le rythme de décarbonation de notre économie en termes de contribution à notre indépendance énergétique et à la réindustrialisation, dont les objectifs doivent se fonder sur des hypothèses crédibles et réalistes en matière de production électrique. Nous nous attacherons en conséquence à contribuer techniquement au plan d’électrification des usages annoncé par le Gouvernement et demanderons à être associé à un suivi du bilan annuel de la mise en œuvre de la PPE.

Concernant l’éolien terrestre, sont annoncés des objectifs de 31 GW en 2030 (+7 GW) et 35 à 40 GW à 2035 (de +11 GW à 16 GW) avec un rythme annuel de +1,6 GW sur l’ensemble de la période.

Au 30 juin 2025, le parc éolien français atteint déjà 23,6 GW en éolien terrestre1, tandis que les capacités en cours d’instruction s’élèvent à 13,4 GW. Les projets dont les conventions de raccordement sont signées et qui sont donc autorisés et en cours de construction atteignent 2,25 GW à mi-2025, tandis que la seule file d’attente d’Enedis représente 8,5 GW de projets autorisés supplémentaires2. Autrement dit, les capacités en cours de construction ou déjà autorisées placent la filière sur une trajectoire naturellement supérieure à l’objectif 2030 fixé à 31 GW. La dynamique industrielle actuelle, si elle était maintenue, conduirait mécaniquement à dépasser cet objectif.

Dans ces conditions, fixer un plafond à 31 GW revient de facto à organiser un ralentissement significatif de la filière. Même le scénario R3 de RTE, pourtant déjà contraint, conduisait à la perte d’environ 10 000 emplois à horizon 2030. L’objectif retenu dans la PPE3, aligné sur cette borne basse, confirme un risque tangible de destruction d’emplois, de perte de compétences et de désorganisation industrielle, alors même que la filière représente un maillage territorial fort et plus de 49 000 emplois pour les EnR électriques industrielles.

Concernant les renouvellements de parcs il n’est pas clairement établi si les volumes de renouvellement seront additionnels aux 800 MW par période ou inclus dans ces volumes. Cette distinction est majeure :

· S’ils sont inclus, le renouvellement viendra mécaniquement réduire les volumes de nouveaux projets, limitant la croissance nette du parc actuel.

· S’ils sont additionnels, le renouvellement deviendra un levier réel d’efficience budgétaire et de performance système, permettant d’augmenter la production à emprise foncière constante, avec un coût moyen de soutien réduit.

· Enfin le repowering, exige que soient levées les contraintes auxquelles elle est confrontée que ce soit dans les domaines militaire, aéronautique, paysagers et environnementaux. Un équilibre bilanciel doit être en effet trouvé entre les apports énergétiques du renouvellement des parcs et la réalité de leur impact.

Concernant le solaire photovoltaïque, sont prévus des objectifs de 48 GW en 2030 (+18 GW) et 55 à 80 GW en 2035 (de +25 GW à + 50 GW) avec un rythme maximal de 2,9 GW / an contractualisé

(Appels d’offre et Obligation d’achat) jusqu’en 2028 et un rythme dépassant les 4 GW/an post 2028 mais définis de façon imprécise pour le moment.)

Sur ce segment les objectifs sont globalement conformes aux annonces répétées depuis 2023. Néanmoins, la part réservée au photovoltaïque sol (sur terres anthropisées ou agricoles) reste bien en deçà des besoins de la filière et de la compétitivité du système électrique. Sont prévus « à titre illustratif » une répartition de :

· 41 % de toitures de petites dimensions ·

-16% de toitures hautes dimensions

· 5% de sol de petite dimension

· Et seulement 38 % de sol de grande dimension. Ce dernier segment est le plus compétitif sur le plan tarifaire et le plus pilotable. Ce point va donc devoir faire l’objet d’une alerte auprès de la DGEC afin que cette illustration ne devienne pas la réalité des prochaines années.

Concernant l’éolien en mer, un retard de calendrier et des réponses infructueuses font revoir la baisse l’objectif initial des 18 GW à horizon 2035, sont donc annoncés 15 GW en 2035 (+14 GW) et un point de passage à 2030 à 3,6 GW (+2,6 GW).

Dans ce contexte, la sortie rapide des appels d’offres n°9 et n°10 constitue un enjeu majeur pour la crédibilité et la continuité de la filière éolienne en mer. Ces consultations sont indispensables pour sécuriser la trajectoire industrielle, préserver les capacités de la chaîne de valeur et éviter une rupture d’activité préjudiciable aux acteurs déjà engagés. Au-delà du calendrier, la levée de certaines contraintes, en particulier celles relatives aux garanties financières exigées à un stade très amont des projets, apparaît nécessaire afin de restaurer l’attractivité des appels d’offres, d’élargir la base des candidats et de limiter les risques financiers excessifs pesant sur les porteurs de projets. À défaut d’ajustements rapides et pragmatiques, le risque est réel de voir se creuser un décalage durable entre les objectifs affichés et la capacité effective de la filière à les atteindre.

Le stockage par batteries : le grand oublié de la PPE

Les trajectoires de développement du stockage par batteries sont passées sous silence dans la PPE. France renouvelables préconisait de distinguer dans la PPE des sous-objectifs par moyen de flexibilités, et notamment de stockage par batteries, avec 8 GW en 2030 et 12,5 GW en 2035 en cohérence avec les trajectoires du PV, étant donné que la plupart des autres sous-objectifs de flexibilités sont déjà listés dans la PPE, notamment les STEP, les effacements, les interconnexions … Cela aurait permis de donner des signaux clairs à chacune des industries.

Le rôle et l’efficacité du stockage par batteries doivent être pris en compte dans les futurs Appels d’offres PV.