Pour le Shift Project, la décarbonation de la France passe par un déploiement massif et rapide de l'éolien et du solaire
Le Shift Project présentait en avril la première brique de son Plan robuste pour l’économie française. Le think tank présidé par Jean-Marc Jancovici souhaite faire de ce plan pour décarboner la France une « boussole pour agir » et « faire face aux crises ». Si les énergies renouvelables électriques n’étaient pas une priorité pour le Shift il y a quelques années encore, le constat est désormais sans appel : pour sortir de sa dépendance aux énergies fossiles importées, la France doit développer rapidement et massivement l’éolien et le solaire. C’est l’un des 20 chantiers prioritaires pour « réussir la transition dans l’incertitude » identifiés par le Shift dans son dernier rapport.
« Les énergies renouvelables électriques jouent, aujourd’hui déjà, un rôle significatif dans le mix électrique » souligne le Shift en préambule, en rappelant qu’éolien et solaire produisent déjà 15% de l’électricité française. Ce n’était que 4% en 2014 et presque rien en 2004. Et si le rythme de déploiement du solaire en France atteint des records ces dernières années, celui de l’éolien terrestre ralentit et la génération suivante de projets éolien en mer tarde à être lancée. Il est urgent d’inverser cette tendance.
« Renoncer aux chantiers des EnR, c’est risquer de manquer d’électricité »
Maintenir un déploiement rapide de ces énergies est « crucial » prévient le Shift, car « la décarbonation de notre économie passera largement par l’électrification des usages, ce qui nécessitera des quantités additionnelles très importantes d’électricité bas-carbone ». Pour y parvenir, les premiers réacteurs nucléaires EPR2 ne seront pas mis en service avant 2038, au plus tôt. « Pour assurer, dans l’intervalle et au-delà, cette grande électrification des usages », la France doit donc garantir « une forte croissance de la capacité de production renouvelable est nécessaire ». Le Shift tire ainsi la sonnette d’alarme : « renoncer aux chantiers des EnR, c’est risquer de manquer d’électricité française bas-carbone dès la décennie 2030, même si le chantier nucléaire réussit pleinement le maintien du parc historique et le lancement des EPR2. »
« On était beaucoup plus timide dans le précédent rapport. Mais on s’est rendu compte que, si on développait mollement les renouvelables, on faisait peser beaucoup de risques sur la décarbonation », confie Nicolas Raillard, responsable de la coordination des projets du Shift, dans les colonnes du Monde.« Étant donné la quantité d’électricité dont nous allons avoir besoin pour décarboner à la bonne vitesse, il faut utiliser tout ce que l’on peut trouver, nucléaire comme renouvelable » concède Jean-Marc Jancovici dans une interview au même quotidien.
Mais l’hydroélectricité est déjà bien déployée en France et les perspectives de développement sont « limitées » rappelle le Shift. La faible disponibilité en biogaz empêche son usage pour la production d’électricité. Et les autres technologies EnR sont jugées « intéressantes mais trop peu matures pour jouer un rôle significatif à l’horizon 2050 ». C’est donc sur l’éolien et le solaire que la France doit s’appuyer.
Parmi les chantiers prioritaires de la décarbonation de la France identifiés par le think tank figure donc le développement de ces deux énergies. Pour le Shift, « il faut poursuivre le déploiement rapide du solaire, maintenir voire accélérer celui de l’éolien terrestre et accompagner la forte montée en puissance de l’éolien en mer » : c’est le seizième des vingt chantiers présentés dans le rapport.
Les Shifteurs en profitent pour balayer certains idées reçues persistantes sur ces énergies renouvelables. Ainsi, si « la forte pénétration des EnR variables dans le mix électrique français soulève aussi des questions d’équilibrage et de stabilité du réseau ainsi que d’approvisionnement en matières premières », concède le Shift, il ajoute que « aucune de ces problématiques ne remet en cause le nécessaire déploiement massif de l’éolien et du solaire. »
Il rappelle également que la France ne doit pas choisir entre l’une ou l’autre, mais bien s’appuyer sur ces deux énergies : « solaire et éolien sont complémentaires en Europe : le premier est plus simple à déployer et produit davantage le jour et l’été, tandis que le second est plus délicat à déployer mais produit également la nuit et l’hiver – là où la consommation est la plus élevée. »
Et si l’opposition aux renouvelables « s’illustre par de nombreux recours locaux », elle est « loin d’être généralisée » nuance le Shift, qui rappelle les nombreuses enquêtes d’opinion indiquant « un fort soutien d’ensemble de la population française aux énergies renouvelables, éoliennes et (plus encore) solaires, d’autant plus fort que les individus habitent à proximité de parcs éoliens ou solaires ».
Ces renouvelables jouent donc déjà un rôle « significatif » dans le mix énergétique de la France. Rôle qui va devenir rapidement « absolument incontournable » souligne le Shift. Mais elles sont confrontées à différents goulots d’étranglement s’inquiète le think tank : raréfaction du foncier exploitable, contraintes radar, empilement des réglementations, allongements des délais de raccordement, et surtout des délais d’instruction des dossiers particulièrement longs en comparaison de nos voisins européens.
Simplifier, planifier, clarifier : les propositions du Shift pour développer les EnR
Pour réussir à « déployer à un rythme élevé l’éolien et le photovoltaïque », le Shift formule donc plusieurs recommandations :
– Simplifier la procédure relative au repowering pour « faciliter l’installation d’éoliennes plus hautes et plus puissantes ». Avec les nombreuses contraintes sur l’éolien terrestre en France, la puissance moyenne des éoliennes aujourd’hui installées chez nous est basse par rapport à celle de nos voisins : moins de 3 MW contre 4 à 5 MW. En levant ces obstacles, nous pourrions augmenter la hauteur en « bout de pale » des éoliennes et ainsi tripler la production hexagonale uniquement en passant de 10 000 à 15 000 mâts.
– Assouplir les « lois et exigences les plus sévères, parfois sans équivalent dans les autres pays ou dans les autres secteurs »
– Réserver du foncier aux renouvelables
– Intégrer dans la planification territoriale « des zones dédiées au développement des parcs éoliens et solaires, limitées mais garanties » car« ces moyens de production électriques sont essentiels pour atteindre nos objectifs climatiques et renforcer notre souveraineté énergétique : ils doivent être explicitement priorisés par rapport à d’autres types de construction » écrit le Shift.
– Impulser un effort important de recrutement et formation au sein des services administratifs (DREAL, DDT) afin de réduire les délais d’instruction des dossiers – qui « constituent une part significative du délai total d’un projet éolien et solaire, 3 ans typiquement », rappelle le Shift. Mais aussi au sein des tribunaux administratifs, souvent « saturés », qui traitent les éventuels recours et des gestionnaires de réseau pour faciliter le raccordement des installations renouvelables.
– Donner un horizon de long-terme clair et un cadre stable aux filières industrielles pour réussir leur montée en puissance et/ou leur relocalisation. « Les stop & go sont particulièrement délétères » pour les filières économiques rappelle le Shift. Pour « assurer un déploiement constant, continu, prévisible et anticipé » des renouvelables et « pour notre souveraineté, il faut pérenniser (dans l’éolien) et relocaliser (dans le PV) des capacités de production industrielles françaises et européennes » souligne le rapport,
– Créer une Délégation Interministérielle aux renouvelables (DIEnR), sur le modèle de la Délégation Interministérielle au Nouveau Nucléaire (DINN) créée fin 2022 pour soutenir le programme de relance du « nouveau nucléaire français ».

