Actualité

Énergies renouvelables : tirer les enseignements du passé pour réussir le défi de l'électrification

Industrie, économie et emploiNeutralité carbonePolitiques publiques
27 mai 2026

Lors de son récent discours devant « l’Équipe de France de l’électrification », le Président de la République a fixé un cap ambitieux : faire reculer la part des énergies fossiles dans notre consommation finale d’énergie de 60 % aujourd’hui à moins de 30 % d’ici 2035. Ce basculement inédit repose entièrement sur une électrification massive de nos usages (véhicules, bâtiments, chauffage, usines…). Pour nourrir une telle ambition, les énergies renouvelables électriques ne sont pas une option de transition : elles sont le moteur physique et immédiat de notre indépendance énergétique.

L’ambition présidentielle face à la réalité du calendrier

Diviser par deux notre dépendance aux énergies fossiles en moins de dix ans exige un rythme de production électrique hors norme. Selon le gestionnaire de réseau RTE, la consommation va bondir de 30 % pour atteindre 580 TWh dès 2035. Pour sécuriser le pays, la production française devra rapidement grimper à 650 TWh. C’est ici que les EnR électriques s’imposent comme une évidence mathématique. Dans les dix à quinze prochaines années les énergies renouvelables sont les seules technologies capables d’être déployées à grande échelle. Les futurs EPR 2 ne prendront leur part dans ce changement de paradigme énergétique qu’au début des années 2040.

Pour amorcer ce choc d’offre indispensable, la France doit ainsi libérer le potentiel de l’éolien, du solaire et du stockage. Nous n’avons pas le temps d’attendre.

Le gestionnaire RTE est d’ailleurs déjà formel : aucun scénario crédible de neutralité carbone ne peut absorber la baisse des fossiles voulue par le Président sans une montée en puissance massive et immédiate des énergies renouvelables.

Quels enseignements tirer du passé pour changer de braquet ?

Le Président de la République appelle ainsi légitimement à ne pas répéter les erreurs du passé. Pour les acteurs du secteur, ce constat doit être le point de départ d’un véritable changement de braquet de la part de la puissance publique. Pour réussir l’électrification et répondre à la demande, l’État s’attaquer à quatre écueils historiques qui ralentissent toute ambition :

La fin des « stop and go » et le manque de visibilité à long terme : les hésitations ou les ajustements politiques permanents ont trop souvent fragilisé les filières industrielles françaises, là où les entreprises ont un besoin vital d’un cap stable et prévisible pour investir et créer des emplois durables sur le territoire. Aujourd’hui, la politique menée a conduit à des destructions d’emplois dans un secteur pourtant essentiel et indispensable.

Les contraintes de dimensionnement : pour l’éolien comme le solaire, ces contraintes sont la principale cause de perte de compétitivité de l’électron renouvelable ces dix dernières années avec un cadre qui s’est rigidifié. Le rapport commandé par l’État sur l’optimisation du soutien public aux énergies renouvelables électriques et au stockage (Rapport Levy-Tuot) est très clair sur le sujet. Il souligne l’importance d’agir sur les contraintes pour faire baisser de 10 à 20 euros le coût du MWh : « Il nous apparaît indispensable de mieux évaluer et de maîtriser l’impact financier de l’accumulation des multiples obstacles propres à notre pays, parmi lesquels l’ampleur des réglementations en matière civile et militaire… »


L’excès de contraintes réglementaires : la lourdeur administrative et les délais de traitement surenchérissent aujourd’hui artificiellement le coût du MWh en France. Simplifier et fluidifier le cadre juridique et règlementaire est une urgence pour libérer la compétitivité des EnR électriques.

Les délais administratifs sur l’éolien en mer : alors que l’offshore offre un gisement de puissance colossal et stable, la France met encore trop de temps à concrétiser ses parcs en comparaison avec ses voisins européens. Notre pays a mis près de douze ans à faire sortir de mer son premier parc. Accélérer ces procédures est une clé majeure pour notre indépendance.

L’instrumentalisation politique et idéologique : dépasser les clivages est indispensable. Les énergies renouvelables ne sont pas un marqueur idéologique, mais des moyens de production électrique au service du pays. Qui aurait pu imaginer un tel niveau de polarisation autour d’infrastructures énergétiques, alors même que la France étouffe sous les risques de dépendance. Ne pas reproduire les erreurs du passé suppose d’aborder le développement des EnR pour ce qu’elles sont réellement : une nécessité industrielle, économique et stratégique pour accompagner l’électrification du pays, renforcer notre indépendance nationale et préserver le pouvoir d’achat.

Diviser par deux le poids des fossiles dans notre consommation d’énergie d’ici 2035 est un objectif salutaire. Mais pour le tenir, la puissance publique doit donner aux énergies renouvelables électriques la vitesse et la visibilité que la situation exige. L’électrification rapide est la trajectoire la plus avantageuse économiquement pour les citoyens et les entreprises. En tirant sincèrement les leçons du passé, l’État a désormais l’opportunité de changer de braquet pour donner à la France les moyens de ses ambitions.