Études et publications

Observatoire de l'électricité renouvelable 2026

Industrie, économie et emploiSolaireStockageÉolien en merÉolien terrestre
30 septembre 2026

L’Observatoire du système électrique renouvelable objective et analyse les dynamiques des énergies renouvelables électriques et du stockage en France. Il formule également des recommandations pour identifier et accélérer le développement des outils de l’électrification des usages et de l’industrie. Cette édition 2026 s’enrichit d’un portail web pour accéder facilement aux données et analyses.

L’Observatoire est désormais en ligne !

Visitez le nouveau portail web de référence sur les renouvelables électriques en France : data-enr.fr

Cartes, datavisualisations, analyses, chiffres-clés : toutes les ressources pour comprendre l’évolution du système électrique français sur une seule plateforme.

Les crises énergétiques récentes ont mis en lumière une réalité structurelle : tant que la France reste dépendante des énergies fossiles pour ses transports, ses bâtiments, son industrie, son agriculture, elle demeure exposée à une instabilité économique et géopolitique qu’elle ne maîtrise pas. Dans un contexte international marqué par les crises énergétiques de 2022 et 2026, l’accélération de l’électrification des économies asiatiques et le repositionnement des États-Unis en faveur des énergies fossiles, la France se trouve aujourd’hui à un point de bascule.

Elle doit désormais faire un choix : assumer une stratégie claire fondée sur l’abondance d’une électricité décarbonée, compétitive et souveraine, ou s’exposer à un déclassement progressif en restant trop dépendante des énergies fossiles importées. Dans cette transformation, les énergies renouvelables électriques constituent le levier le plus immédiatement mobilisable. Elles peuvent fournir, dès aujourd’hui et dans les prochaines années, une part croissante de l’électricité pour décarboner les transports, les bâtiments et notre industrie tout en renforçant notre indépendance énergétique. Car le temps compte, la France ne peut se permettre d’attendre dix ou quinze ans avant d’engager sa transformation énergétique.

  • Un potentiel encore sous-exploité qui souffre de « stop & go » et d’un manque de cohérence pour soutenir l’électrification

Les filières renouvelables affichent une performance industrielle et énergétique tangible. Mais celle-ci reste bridée par des cycles d’arrêt et de relance qui fragilisent l’outil industriel, et par un manque de cohérence dans le soutien à l’électrification. Pourtant, dans un système électrique marqué par la volatilité des marchés fossiles, les renouvelables jouent désormais un rôle stabilisateur essentiel, en apportant des coûts prévisibles et compétitifs. Elles constituent ainsi un amortisseur économique durable pour les ménages, les entreprises et les finances publiques.

Une forte hausse des volumes d’électricité consommés est amorcée : cette trajectoire nous fera passer d’environ 520 TWh d’électricité produite en 2025 à un niveau compris entre 650 et 690 TWh en 2035 (+30 % en neuf ans) et aux environs de 800 TWh en 2050. Une dynamique portée par l’électrification des usages et des industries mais aussi par le développement de l’économie numérique et de l’IA, via les besoins liés à l’implantation de data centre. Le solaire photovoltaïque et l’éolien, terrestre comme en mer, se placent au cœur de l’effort collectif à fournir d’ici là, en lien avec le développement des flexibilités, du stockage et à la modernisation des réseaux. Ensemble, ces leviers devront apporter entre +130 à +170 TWh d’électricité renouvelable d’ici 2035.

  • Emploi et industrie : une filière stratégique à sécuriser dans la durée

Avec près de 90 000 emplois répartis sur l’ensemble du territoire, la filière des renouvelables constitue un pilier de la réindustrialisation française, à condition de lui offrir une stabilité durable qui ne doit pas être fragilisée par des visions court-termistes ou électoralistes.

Les renouvelables électriques représentent 55 000 dans le photovoltaïque, 26 700 dans l’éolien terrestre et 7 200 dans l’éolien en mer. Des emplois non délocalisables car dépendants d’infrastructures locales : plus de 150 sites industriels sur l’ensemble de ces filières et une présence de l’éolien terrestre dans plus de 2 800 communes.

Les ralentissements observés ces dernières années ont déjà produit des effets visibles : reports de projets, tensions sur les trésoreries des acteurs, fragilisation des chaînes d’approvisionnement, et Plans de Sauvegarde de l’Emploi. La filière française des renouvelables reste extrêmement sensible aux variations de politiques publiques. Les modélisations réalisées à partir des scénarios de RTE illustrent l’ampleur du risque : une trajectoire R1 ou R2 conduirait à détruire 46 500 ETP, quand une trajectoire équivalente à la fourchette haute de la PPE 3 porterait l’emploi à une croissance de 61 150 ETP à l’horizon 2035. Le passage d’une trajectoire R3 à R2 se traduirait par un décrochage de l’investissement privé de l’ordre de 2,7 milliards d’euros par an, fragilisant durablement l’emploi, les compétences et l’appareil industriel.

    Les dynamiques de développement des filières EnR
    L’Observatoire propose un focus sur les filières renouvelables – le solaire photovoltaïque (32,7 GW installés fin juin 2026), l’éolien terrestre (24,1 GW) et l’éolien en mer (2 GW) – et le stockage (1,7 GWh déployés fin 2025, soit +42% en un an). Pour chacune, il dresse un comparatif avec nos voisins européens et identifie les facteurs clés pour garantir le succès de leur développement.

    Au-delà de leur contribution à la production d’électricité, les renouvelables participent déjà, et participeront de plus en plus, à l’équilibre, à la stabilité et au pilotage du système électrique : fin juin 2026, 22 GW d’EnR participaient à l’équilibrage via le mécanisme d’ajustement. Aux côtés du parc nucléaire, des réseaux et des flexibilités, les EnR constituent progressivement l’un des grands piliers du système électrique décarboné français.

    • Le système électrique change de nature et le stockage devient une infrastructure stratégique

    Le débat public a régulièrement opposé stabilité du système électrique et développement des renouvelables. Les analyses techniques disponibles sur le black-out ibérique, la crise de 2022, ou encore sur les flux d’exportation montrent au contraire que la sécurité électrique se joue au niveau de l’analyse de l’ensemble du système, et non au niveau d’une technologie de production prise isolément.

    Le stockage est la clé pour capter toute la valeur de l’électricité renouvelable. Il transforme un surplus de production ponctuelle en sécurité durable : batteries et stations de transfert d’énergie par pompage permettent de lisser la production, d’éviter les pertes de production renouvelables et de sécuriser l’approvisionnement. Selon RTE, 6 GW de batteries supplémentaires, planifiées et localisées judicieusement, optimiseraient l’intégration du photovoltaïque et réduiraient les coûts de renforcement des réseau.

    Les bénéfices économiques du stockage sont désormais observés dans plusieurs systèmes électriques. En Australie, les batteries fixaient le prix de l’électricité près de 40 % du temps lors des heures de pointe du soir au quatrième trimestre 2025 (contre moins de 5 % un an plus tôt), contribuant à une quasi-division par deux du prix de gros moyen sur le marché national.

    En France, le potentiel est identifié mais reste encore largement sous-exploité faute d’un cadre économique stable. Ce retard a un coût directement quantifiable pour notre pays : chaque gigawatt de batteries dont le déploiement serait retardé représenterait environ 89 millions d’euros de surcoût annuel pour le système électrique à l’horizon 2035.

    • Flexibilité : donner du pouvoir aux consommateurs et aux industriels

    Le système électrique français a changé de nature : sous l’effet du développement solaire, la consommation résiduelle se creuse chaque après-midi, tandis que les pointes du matin et du soir restent structurellement plus coûteuses, un rythme que les heures creuses nocturnes héritées d’une autre configuration du système ne reflètent plus. L’apparition récurrente de prix négatifs sur certaines plages horaires (513 heures en 2025, contre 179 heures en moyenne entre 2010 et 2020) illustre cette transformation : l’électricité n’est plus uniquement une ressource rare à arbitrer, elle devient ponctuellement abondante. La flexibilité ne consiste donc pas à demander aux Français de moins consommer ou aux industriels de moins produire, mais à déplacer, lorsque cela est possible, certains usages vers ces moments où l’électricité est la plus abondante et la moins chère. Sans perte de confort ni de production, décaler et moduler sa consommation devient un levier à la portée du particulier comme de l’industriel, pour réduire sa facture et pour contribuer à l’équilibre du système électrique.

    La flexibilité permet aux consommateurs de tirer parti des heures de prix bas. Associée au stockage, au pilotage de la demande et au développement des réseaux, elle permet de mieux valoriser une production renouvelable abondante et compétitive. Cette transformation rend le système électrique plus efficace, limite le recours aux moyens de production les plus coûteux et réduit l’exposition aux prix élevés. Un bénéfice qui se retrouve finalement dans le pouvoir d’achat.

    La France dispose de tous les atouts pour réussir la transition électrique : un système déjà largement décarboné, une filière EnR dynamique, des compétences industrielles solides et des institutions techniques reconnues. Mais elle ne les utilise pas encore pleinement. La question n’est plus de savoir si l’électrification est inévitable, mais si la France veut la subir ou la conduire. Entre déclassement progressif et leadership industriel, le choix est désormais explicite. Les renouvelables ne sont pas seulement un outil de décarbonation : elles sont le support d’un nouveau paradigme électrique, dans lequel production décentralisée, électrification des usages, stockage, réseaux et pilotage de la demande doivent être pensés comme un même projet industriel et souverain.

    France Renouvelables
    Observatoire de l'électricité renouvelable 2026